Pensées

VERS UNE TRANSITION ECOLOGIQUE

Dans le cadre des réseaux de l’enseignement de la Transition Écologique dans les ENSA dédiés aux nouveaux comportements dans l’enseignement et les pratiques de l’architecture, nous avons souhaité partager notre désir de transition ainsi que les moyens d’actions que nous menons, au quotidien, pour y parvenir.

En tant qu’étudiant en architecture une pluralité de questions se pose : qu’est ce qu’un architecte aujourd’hui ? Quel est sa pédagogie? Comment s’effectue son enseignement ? Quelle est son utilité ? Comment s’exerce-t-elle ? A qui cela s’adresse et pour quelles raisons ? Comment faire en sorte que notre action puisse influencer le quotidien des citoyens dans leur capacité d’initiative, elle même porteuse d’épanouissement, aussi bien personnel que collectif ?
L’enseignement à l’architecture, nous ouvre sur le monde, à sa complexité, par son coté transdisciplinaire. Sa diffusion permet d’offrir une meilleure compréhension de notre environnement.
Le processus de projet en architecture nous amène à explorer et développer différents dispositifs géo-sensibles. Son application est multidisciplinaire et passe par l’établissement et la compréhension d’une problématique. Celle-ci s’inscrit au sein d’un territoire, un environnement et répond à des besoins, des urgences, des idéaux, des fantasmes. Cela nécessite de fabriquer des outils, favoriser des échanges, provoquer l’interactivité afin qu’un projet soit la conjugaison de ces savoirs et connaissances partagés.
Nos études en architecture ont permis la rencontre et l’échange avec des personnes d’horizons, milieux et cultures différents. Elles permettent également de voyager, de découvrir de nouveaux environnements, mais aussi d’acquérir un certain recul sur le notre point de vue et donc de développer un esprit critique constructif. Cette prise de conscience nous a donné l’envie d’agir de manière positive dans la fabrication même de notre monde, l’environnement que nous pratiquons au quotidien.
De par son essence, l’architecture nous pousse à être en perpétuel éveil au monde. Son enseignement nous transmet des outils de lecture. Au fur et à mesure des années nous apprenons à développer des capacités d’analyse, de représentation et de projection utiles à tout échelle et dans le but de favoriser l’amélioration de la vie des citoyens.
Par ces moyens objectifs et généraux, alliés aux technologies actuelles et à notre sensibilité, serait-il possible de tendre vers une société nouvelle, dans laquelle l’ensemble de nos us serait à réinventer et dans laquelle le respect d’autrui et de son environnement seraient des éléments indissociables de toute conception?

Retour à l’Utopie
D’un certain point de vue, peu importe le continent, le milieu ou la culture, notre monde est divisé en un grand nombre d’environnements constitués de sociétés qui ne se rencontrent pas ou peu. Cette division peut-être due aux inégalités sociales et économiques que notre organisation collective engendre. Nos choix se font, dans ce contexte, au sein d’un phénomène d’intégration plus ou moins cloisonné. Cela laisse à penser que nous passons à côté d’un très grand nombre de rencontres, d’échanges, de découvertes et donc de facteurs de compréhension de notre monde.
Face à ce constat, nous aspirons à favoriser la rencontre et l’échange entre les milieux, les générations et les cultures. Afin de mener à bien ce souhait, nous avons fait le choix d’utiliser la culture comme vecteur pour favoriser ce dynamisme. La culture est pour nous, à la fois une racine commune, mais également la constituante même de chaque individu. Comprendre son prochain, c’est prendre conscience des richesses que peuvent engendrer nos différences par leur mise en commun. Le respect de celles-ci offre un potentiel d’épanouissement, personnel et collectif, pouvant se démultiplier de façon exponentiel. De cette manière nous nous situons dans une économie de la connaissance où l’échange enrichie chaque individu.
Quelque soit le territoire, la création d’un cadre favorisant le rassemblement, la discussion et le partage autours de différents points de vue est toujours bénéfique ; ses bienfaits sont constatés. Certains environnements en ont d’avantage besoin, l’important étant que chacun puisse y trouver une possibilité d’initiative.

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C’est au sein de cet environnement qu’une structure associative a vue le jour afin de mettre en place le contexte permettant d’aboutir à tout type de projets. Elle a été fondée par des amis venant de domaines divers et variés (marine marchande, commerce, ouvrier du bâtiment, architecte, etc) partageant l’idée que la culture devait être l’outil adéquat pour fédérer une société à l’allure égarée. La diversité de nos formations est quelques chose d’essentiel afin de s’assurer de ne pas tomber dans les travers de l’entre-soi, mais également de s’assurer que nous sommes experts dans nos domaines respectifs. Cette pluridisciplinarité permet d’être compréhensible et accessible à tout type de personne et ainsi favoriser la rencontre, l’échange et la compréhension par tous.

L’association porte le nom de l’écrivain et philosophe Thomas More qui, en 1516, développe la notion d’Utopie. L’Utopie représente l’esquisse d’un modèle de société dans laquelle l’épanouissement et le bonheur de chacun sont rendus possibles. More écrit son livre à une époque où le progrès pouvait être perçu comme source d’amélioration sociale. Mais au lieu de cela, il apporta malheur, misère et isolement pour une grande partie de la société. L’Histoire ne cesse de nous rappeler qu’évolution et émancipation ne sont pas toujours liés. Fort de ce constat, More décide de proposer un modèle de société nouveau, déconnecté d’une certaine forme de réalité, mettant ainsi en exergue les défauts de la société dans laquelle il évolue. Cette dimension alternative qu’est la collectivité autonome est pour nous une source pensée et réfléchie, donnant lieu à des actions positives.

C’est ainsi que nous nous sommes mis à produire des événements culturels dans lesquelles les lieux, les médiums et les artistes offrent la possibilité de rencontre entre milieux, générations et cultures différentes. Ces projets n’ont pas d’échelle ni de lieu prédéfini. Ils se créent au grès des rencontres et des opportunités qui se présentent. La structure peut également soutenir des porteurs de projets extérieur. Chaque projet offre des possibilités, permet d’apprendre, de transmettre, partager, s’enrichir.

Les premiers projets prenaient le format d’expositions de peinture dans des lieux qui puissent être parcourus par le plus grand nombre, sans qu’il n’y ait de barrière liées à l’identité du lieu et de sa représentation. Nous avons donc choisi d’exposer au sein d’un bar, dans lequel il y avait également des concerts. L’environnement permettait d’avoir des gens venant pour la peinture, d’autres pour le lieu ou la musique et certains simplement pour le rassemblement. Au sein de ce cadre, les toiles représentaient l’opportunité de rencontre et d’échange par leur capacité d’abstraction et par les questionnements qu’elles suscitaient. Dans ce contexte, de nombreuses personnes nous ont manifesté leurs sensibilités et leurs envies. Ces échanges ont donné naissance à d’autres projets.

Cette première expérience nous a montré que l’acte de faire permet d’autres possibilités ; qu’apprendre en faisant est une méthode qui favorise et accélère le développement personnel et collectif. Des collaborations se sont établies, les projets se sont multipliés sur une temporalité courte et sur divers territoires au grès des nouveaux porteur de projets. Ainsi, se sont créés des projets d’événements culturels et festifs, mêlant les médiums et les cultures, des débats citoyens, des projets de micro-architecture, des projets de sensibilisations à divers thèmes dans les écoles, des expositions, des concerts, des installations, des concours d’urbanismes.

Certaines rencontres ont été le point de départ d’amitiés pérennes, d’autres de collaborations professionnelles, d’accueil de services civiques ou de stagiaires d’horizons variés allant du commerce à l’architecture en passant par la communication. Ces projets nous ont aussi permis de rencontrer un grand nombre d’acteurs sur les territoires, nous offrant des clés de compréhensions de leurs fonctionnements. Ces projets sont également l’occasion d’expérimenter de nouvelles manière de faire.

C’est l’exemple d’Europan : Nous avons fait le choix de participer au concours Europan 13 dans la ville de Saint-Brieuc. Nous sommes, pour une certaine partie de l’association, originaires de cette ville. Notre souhait était de questionner les pratiques de l’architecture. Comment concourir ? Avec qui ? Comment constituer une équipe pluridisciplinaire ? Où trouver les compétences ? Comment arriver à définir une méthodes de travail et quelles orientations prendre ? Nous avions le souhait de travailler depuis le territoire en utilisant au maximum la concertation citoyenne afin de comprendre les besoins et trouver les réponses les mieux adaptées. Au total un groupe d’une douzaine de personnes s’est constitué : architectes, urbanistes, paysagistes, graphistes et designers sont venus des quatre coins de la France. Nous avons utilisé la structure associative afin de lancer un appel à candidature sur différents réseaux. La structure associative, ses projets, nous ont permis de gagner la confiance des gens et également de mettre en avant une certaine philosophie de projet.

A travers cela nous avons pris conscience que chaque action menée à bien apporte du crédit à la structure, rend légitime un discours et favorise la naissance de projets plus complexes. A travers ce projet nous avons développé des outils de concertations, d’écoutes et d’échange, que nous réutilisons sur d’autres projets.

Cette aventure de quatre mois nous a permis d’expérimenter une posture d’architecte tournée vers le plus grand nombre. Nous avons réellement co-construit un projet avec la population locale. Cette démarche et ces rencontres ont, par la suite, débouché à des réalisations concrètes d’architecture.

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Une structure hybride

La question de la pratique de l’architecture s’est posée pour certains dès la sortie des études : comment pouvoir à la fois exercer notre métier tout en gardant la possibilité de faire ces projets associatifs en parallèle. Ces projets non lucratif, nous ont questionné sur le modèle économique adéquat. Nous avons opté pour un modèle économique autonome permettant de préserver notre environnement naissant. Afin que ces événements soient accessibles au plus grand nombres, la plupart des projets se basent sur la gratuité ou sur la participation volontaire. DLe «free-lance» a permis de mettre en place des moyens permettant de développer et de pérenniser la structure. Malgré sa précarité, cette forme de travail permet d’entreprendre facilement et ce légalement. Le but étant d’apporter la capacité d’initiative à l’ensemble de la population ainsi que d’allier l’acte de s’associer et d’entreprendre.
Au sein de cette dualité le nombre de projets s’est multiplié. L’expérience des projets associatifs, nous a montré que la complémentarité entre individus permet de créer un cadre épanouissant. De ce contexte et par les connaissances acquises à travers les projets menés, nous avons fait le choix de nous lancer dans l’aventure entrepreneuriale : La Serre d’Expérimentations des Ars. A travers celle-ci, l’entreprise créer des moyens pour la structure associative. Une structure hybride est donc née.
Les deux structures sont distinctes mais intimement liées. L’entreprise héberge la structure associative. Par cette proximité, les échanges et les suivis de projets se sont simplifiés. Avoir un lieu permet d’être identifié et favorise la rencontre de personnes curieuses. L’entreprise partage les moyens qu’elle a tel que les traceurs, le réseau internet, les espaces de travail et de réunions, offrant de bonnes conditions de travail. Par sa capacité de rassemblement lors des différents événements, l’association nous permet de rencontrer de potentiels maîtres d’ouvrages. Cela nous amène à produire des projets, parfois atypiques, où nous utilisons notre formation d’architecte. L’ensemble offre à la structure un large champ de réalisations allant d’une pratique de l’architecture d’agence, à une pratique associative ou collective. Dans cette relation hybride, le développement de chaque partie favorise l’épanouissement de l’autre.

L’entreprise créer une économie impliquant d’autres entreprises ou artisans. Connaissant cet environnement, ces entreprises peuvent participer aux projets associatifs, que ce soit à travers leurs savoir-faire ou d’un point de vue financier. A travers cela elles ont une véritable implication vis à vis des projets culturels, alors que dans un premier temps, elles pouvaient se sentir éloignés de certaines formes de sensibilités. Lors de ces événements ces entrepreneurs sont mis en avant par une communication positive.

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Par une attitude positive et par la concertation, cette synergie entraine une reconquête des rapports sociaux entre les différents acteurs d’un projet. Elle intervient dans un contexte de fracture au sein des métiers du bâtiment où les défis sont nombreux (RT2020, énergie grise, accessibilité pour tous, etc).
Il s’agit de créer des liens qui favorisent les échanges dans le cadre professionnel. Cela permet de générer un environnement positif et développer ce même potentiel avec les maîtres d’ouvrages. La plupart des projets sont transdisciplinaires au sein desquels le rôle de synthèse de l’architecte est réellement utile. Cet exemple de transition favorise une société meilleure, dans laquelle le respect et la compréhension de l’autre, de l’environnement serait intégral. Le projet d’architecture apporte une sensation d’utilité concrète par la diversité de projets, de budgets, de matériaux.
Les projets associatifs, professionnels, expérimentaux et d’autres dimensions, apportent une interdépendances entre différents éléments constitutifs. Ensemble, ils forment un écosystème.

Vers un avenir radieux. Des lendemains qui chantent.

Tout écosystème est inhérent à un territoire, une échelle. Le phénomène de globalisation des ces différents milieux a entraîné avec lui une somme innombrable d’inégalités. L’échelle locale, à taille humaine, pourrait donner le droit et la possibilité à tous d’agir sur son environnement. Ainsi, cette transposition d’échelles pourrait engendrer de nombreuses transitions : la propriété laisserai place à l’accessibilité, l’imposition à la concertation ou encore le statut à la compétence. Ces changements de paradigmes requestionnent le rôle de l’architecture dans le monde et repositionnent la place de l’architecte au sein de notre civilisation. Ce phénomène nous permet d’esquisser un futur allant vers une économie de la connaissance et du savoir. Nous pourrions imaginer une société qui tolère et favorise l’initiative.

L’architecte ne serait-il pas le médiateur capable de coordonner et guider notre société vers une certaine symbiose, garante d’un nouvel ordre démocratique et social ? Une société qui ne lutte pas contre le vent mais qui l’utilise à bon escient.